Pour developper vos affaires en Roumanie, en Moldavie et dans les pays Francophones
 

Interview avec Valentin Rupita

Note de la rédaction : Valentin Rupita fait partie de 1996 de la grande famille PRO TV. Il est, parmi d’autres activités, le présentateur de la célèbre émission de musique « lautareasca » « Taraf FM » diffusée à la radio Info Pro, mais aussi présentateur des émissions télé « Canta-mi lautare » et « Chef de chef » de la chaîne Acasa TV. Il est aussi chanteur, régisseur et producteur musical.

Rédaction : Comment pourriez-vous définir la musique « lautaresc » ? Quelle a été l’évolution de ce style musical ? Merci de nous faire un courte présentation historique.

Quand on dit musique « lautareasca » on pense tout de suite au mot « lautar », mot qui a eu des significations différentes au long des siècles. Le mot a comme base le nom « lauta » et a commencé à être utilisé au moment des influences occidentales dans notre pays. Au début, le mot « lautar » avait comme premier sens un musicien, une personne qui joue d’un instrument à cordes. A partir du 18 ème siècle, le contenu de ce mot s’est élargi. Tous les musiciens d’un « taraf », indifféremment de l’instrument auquel ils jouent, s’appellent des « lautari ». Vers les années 1786, on commence à parler du « métier de lautar », et à partir de l’apparition de « corporations » de « lautari » toutes les personnes qui chantent ou qui jouent sont incluses dans cette catégorie.

Pour ce qui est de l’origine et le milieu de provenance des « lautari », tout cela a varié en fonction des époques, soit en fonction des régions, soit en fonction des conditions historiques.

Dans les campagnes, dans l’époque féodale, les « lautari » c’étaient surtout des personnes qui provenaient des villages ou des villes (les tziganes).

Maîtres uniques de la vie musicale de la première moitié du 19 ème siècle, les « lautari » ont commencé, après l’apparition des théâtres musicaux, des fanfares, des opéras, etc, à lutter contre les préjugés de la société. La bourgeoisie et les grands fonciers les ont exploité au maximum. Dans les années 1880 – 1891, à cause des ressources financières qui manquaient, de nombreux « lautari » sont partis à l’étranger. Ce fait est aussi marqué dans les documents du début 18 ème siècle.

Rédaction : Y a-t-il des points communs entre ce style et d’autres styles musicaux (comme par exemple les « manele ») ? La musique « lautaresc » a influencé d’autres styles musiquaux ?

C’est sûr qu’il y a des similitudes entre la musique « lautaresc » et d’autres styles musicaux. Par exemple, le folklore et la musique « lautaresc » utilisent les mêmes instruments de base : le tympanon, la contrebasse, le luth, le violon. Un autre point commun est la « hora », interprété par les artistes de la même manière.

Si on parle des « maneles », on peut dire que c’est un style clairement dérivé de la musique « lautaresc » mais avec des influences balkaniques et orientales. La différence entre la « manea lautareasca » et la « maneaua » moderne est les instruments utilisés : les instruments « chauds » : l’orgue, la guitare, la basse, les tambours électroniques, etc

Qui n’a pas écouté la « manea » « Saraiman » chantée par Romica Puceanu ou « Printisorul meu » chantée par Gabi Lunca ?

 

Rédaction : Quels noms célèbres, d’hier et d’aujourd’hui, pouvez-vous mentionner ?

Les grands chanteurs « lautari » commencent à se faire remarquer après les années 1780. Barbu Lautarul, Angheluta, Nastase, Nicolae Paraschiv, Nicolae Picu, Chiosea, Nanescu se sont imposés et font déjà partie de l’histoire musicale. Au début du 20 ème siècle, d’autres grands musiciens : Zavaidoc, Nicusor Predescu, Grigoras Dinicu, Violeta Romanescu, Maria Tanase, Faramita Lambru, Romica Puceanu, Gabi Lunca, Dona Dumitru Siminica, Fratii Gore, Fratii Pana, Toni Iordache, Ilie Udila, Ion Onoriu, Marcel Budala, Ion Petre Stoican.

Dans la musique « lautaresc » d’aujourd’hui, on pourrait mentionner : Nelu Ploiesteanu, Viorica et Ionita de Clejani, Paseluta Feraru, Mioara Lincan, Ionica Minune, Marian Mexicanul, Leonard Iordache, Valentina Mocanu, Gicu Petrache, George Udila.

La musique « lautaresc » a été et l’est encore interprétée par des artistes consacrés qui font partie d’autres styles musicaux. Le plus représentatif album pour illustrer cet exemple est AGURIDA interprété par Loredana.

Rédaction : Comment appréciez-vous que ce style musical soit perçu par les Roumains ? Mais par les étrangers ? Quel est le public ?

La musique « lautareasca » a été toujours appréciée à l’étranger. Paris, Londres, ce sont des capitales où nos musiciens ont trouvé un public accueillant. En Russie aussi. En 1740, on trouve un « taraf de lautari » de Roumanie, groupe dirigé par Ioan Nedelcu a été présent à la cour de la tzarine Anne Ivanovna de Petersburg. Le feld-maréchal P.A. Rumiantev a demandé en 1774 à la cour princière de la Valachie que les frères Ivanita et Stancu viennent chanter en Russie. Même de nos jours, la musique roumaine « lautareasca » est vraiment appréciée dans le monde : Taraful de la Clejani, Fanfara Ciocarlia, Mahala Rai Banda, Tamango et Napoleon, Marin Alexandru, Giani Lincan et beaucoup d’autres.

Concernant le public, je ne crois pas qu’on puisse définir un certain public. Cette musique est écoutée et apprécié par tout le monde, de tous les âges.

Rédaction : A present, y a-t-il des projets de conservation et préservation de la musique « lautaresc » ?

Je crois qu’on a besoin de tels projets. Dans le passé, on n’a pas trop écrit sur les « lautari ». Il fallait tout noter, tout écrire, des souvenirs, des commentaires, des mentions etc. Mais, il faut tenir quand même compte du fait que la création musicale des « lautari » n’a été ni notée ni imprimée. A cause de cela, il y a de nombreuses lacunes en ce qui concerne l’analyse de leur héritage artistique. Par exemple, comment pourrait-on tirer des conclusions sur la création musicale de Petrea Cretul Solcan du moment que G. Dem Teodorescu n’a noté aucune mélodie d’un « lautar » qui aurait pu dicter des milliers de lignes de mélodies ?

par Marilena Badea