La Maison Capsa représente un point de repère de la ville de Bucarest. Fondée en 1852 sur la rue Calea Victoriei (qui, à l’époque, portait le nom de Podul Mogosoaiei) par une famille d’aroumains : Vasile, Anton, Constantin et Grigore qui s’occupaient de pâtisserie, bonbonnerie. Située en plein centre ville, à côté du Sénat, du Palais Royal et de l’ancien Théâtre National, la Maison Capsa est la plus ancienne société de commerce de Bucarest et de Munténie. (récemment, on vient de fêter 150 ans d’existence)
Grigore Capsa (le cadet de la famille, élève du célèbre Boissier, c’est celui qui a fait vivre cette maison), arrivé à Paris en 1866, il est revenu avec diverses recettes et modalités spécifiques pour faire du commerce civilisé. C’était un changement de mentalité. Grigore Capsa a apporté une autre vision du commerce, un renouvellement dans un monde dominé par l’influence du Fanar et du Levant. La femme du Grigore Capsa était Française. Dans la Maison de Capsa, tout le monde parlait le français. Il y avait même des employés français ou des employés roumains avec des études faites en France. Par conséquent, un cadre intellectuel et civilisé spécifique parisien venait de se créer. La Maison Capsa était le coeur culturel des relations francophones dans une époque ou l’influence française se ressentait dans toute la culture et dans la vie mondaine.
Grigore Capsa, devenu célèbre dès sa jeunesse pour ses qualités gastronomiques, la femme de l’empereur Napoléon le III a voulu le garder à la cour de Paris.
En revenant à Bucarest, il a eu l’idée de créer, sous le même toit, un restaurant, une pâtisserie et un hôtel.
Grigore Capsa (1841-1902) , à la fin du XIX-ème siècle, a été un pionnier, un précurseur dans le domaine du commerce en Roumanie, il a été en même temps un mentor, un fondateur d’école (parmi ses élèves qui sont devenus célèbres, on peut énumérer Nestor qui a créé la pâtisserie Nestor, toujours à Bucarest, Henri Negresco qui a créé l’hôtel Negresco à Nice en France). Dans ce domaine, il était considéré comme « un leader de syndicat » avant la lettre. Il a été parmi les premiers Présidents de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bucarest.
De ce point de vue, on peut le considérer comme un petit génie du commerce. Il a trouvé des solutions à beaucoup de problèmes. Par exemple, pendant les vacances, tenant compte du fait que tout le monde était parti à la montagne à Sinaia, il avait commencé à y distribuer aussi ses fameux produits.
De même, il s’est rendu compte des bénéfices de collaboration avec d’autres hôtels et restaurants où il distribuait ses produits, comme par exemple à Lido, Athénée Palace etc.
Toutefois, il a été aussi un visionnaire, dans le sens pragmatique du mot. Au moment où à Bucarest n’existaient que 4 lignes téléphoniques (pour la famille royale, le Ministère de l’Intérieur etc), il avait demandé l’installation d’un poste téléphonique dans sa maison pour mieux communiquer. Il s’est rendu compte que dans le commerce, la communication est essentielle.
Il a été le premier qui ait introduit de l’électricité dans un local commercial, le premier qui ait mit le nom Capsa sur ses emballages. Dans les années 1867, il obtient plusieurs diplômes d’excellences (une sorte d’équivalent du certificat de qualité ISO), chose qui sera aussi mentionné sur les étiquettes et les emballages. On peut dire que c’étaient les premiers produits « personnalisés ».
En 1900, il réussi à créer le chocolat soluble, bien avant que Nestle invente le Ness en 1936.
Toujours dans le cadre de la Maison Capsa, le célèbre gâteau Joffre est né à l’occasion de la visite du maréchal Joseph Joffre en 1920. Le gâteau a la forme d’un obus et contient du chocolat. Récemment, ce gâteau a été enregistré à l ‘Office des Marques.
Propos recueillis par François Renaut et Bogdan Boboc