Presque 3 000 soldats roumains qui sont morts pendant la période d’emprisonnement d’Alsace et de Lorraine, entre 1917 et 1918, ont trouvé la paix éternelle sur le territoire français.
Leur histoire est triste, mais émouvante et glorieuse.
Le 17 août 1916, après une période de 2 ans de neutralité, la Roumanie signait le Traité d’Alliance et la Convention Militaire avec les pays de l’alliance, commençant ainsi la guerre contre les Etats de l’Axe.
En se retrouvant complètement impréparés pour la guerre et sans l’armement nécessaire, de nombreux soldats roumains, la majorité des paysans qui venaient directement des travaux agricoles, ont été faits prisonniers après des batailles dures dans les Carpates et dans les Champs de la Munténie aux mois d’octobre – décembre 1916. Les premiers mois après l’entrée dans la guerre, la Roumanie avait souffert de nombreuses pertes : environ 250.000 morts, blessés ou prisonniers, représentant presqu’un tiers des forces mobilisées en août 1916.
Les premiers prisonniers roumains sont arrivés avec les trains en Alsace et en Lorraine en janvier-février 1917. Etant donné qu’ils n’avaient pas reçu à manger pendant le voyage, beaucoup d’entre eux étaient déjà morts et les survivants affamés. La faim, le froid et les mauvais traitements ont été aussi les causes de l’extermination en masse des prisonniers roumains des camps de concentration d’Alsace et de Lorraine.
Les témoignages mais aussi les documents d’archives trouvés jusqu’à présent parlent d’atrocités qu’on peut comparer aux souffrances des juifs de la deuxième guerre mondiale.
Max Dolfus, ancien président du Comité d’Alsace pour les tombes roumaines, sur la base d’une enquête menée sur les maires des communes de cette région, évoque un véritable « martyre des Roumains de 1917 », suite au «crime » commis par leur patrie, c’est-à-dire l’entrée dans la guerre contre l’Allemagne : « La méthode de produire de la souffrance a été appliquée régulièrement. Il fallait que cela conduise à une mort lente. En 5 mois, 1187 victimes, des jeunes. C’étaient des cadavres vivants avant de devenir des cadavres réels. Qui peut dire que cela ne signifie pas de l’extermination ? »
(Des détails intéressants nous offre Jean Nouzille, professeur à l’Ecole Militaire de Saint-Cyr, membre de la Commission Française d’Histoire Militaire, dans son livre « Le Calvaire des Prisonniers roumains en Alsace-Lorraine. 1917-1918, Bucarest, Maison d’Edition Semne ’94, 1997).
Il y a aussi des cas émouvants de solidarité et d’héroïsme assumés par les civils français qui ont risqué leur vie pour aider les prisonniers roumains. Un exemple, c’est la famille Jacques Nicollet, de Soulzmatt, qui introduisait chaque jour des aliments aux prisonniers roumains. Une des vies sauvées c’est celle du soldat Solomon Coconasu, originaire d’Oltenita, département de Calarasi.
Impressionnée par le dévouement montré aux « prisonniers roumains malheureux », la Reine Marie a transmis en 1924 une lettre de remerciement à la famille Nicollet, lettre accompagnée par une photographie portant la mention « un souvenir de Roumanie, que vous ne connaissez pas, mais pour laquelle vous avez tant fait».
Située dans une vallée magnifique, la ville de Soulzmatt était connue au début du XXème siècle pour la préoccupation pour les vignobles et l’industrie textile. Dans la région il y avait aussi une station thermale. A 500 m de la chapelle Val de Patre, lieu de pèlerinage du XIIIème siècle, les allemands ont construits au début de la première guerre mondiale un camp militaire « Kronprinzlager ».
A la fin de la guerre, le Conseil Régional de Soulzmatt a donné, le 30 août 1919, un terrain en vue de l’aménagement d’un cimetière militaire pour les soldats roumains.
En avril 1924, le Roi Ferdinand et la Reine Marie de la Roumanie ont visité l’Alsace et ont inauguré un Monument dédié aux 680 prisonniers roumains enterrés ici. La famille royale a été accueillie par l’ancien chef de la Mission militaire française de Roumanie 1916-1918, le Général Henri Berhtelot, une grande aide pour la réorganisation de l’armée roumaine. A côté de la Grande Croix du Cimetière Militaire de Soulzmatt, entre les drapeaux de la France et de la Roumanie, il y a trois plaques de marbre avec des inscriptions dédiées au sacrifice des prisonniers roumains.
La première nous dit que presque tous les prisonniers roumains qui dorment dans ce cimetière sont morts au long de l’année 1917, en souffrant de « faim, misère et tortures ».
La deuxième nous rappelle que le Comité des Monuments roumains d’Alsace (en suivant les indications du Gouvernement de la Roumanie) a réuni ici des tombes qui, en 1919, se trouvaient répandus dans 35 villes et communes d’Alsace
La troisième est celle de la Reine Maria de Roumanie : « loin de votre pays pour lequel vous vous êtes sacrifiés, reposez-vous dans la gloire »
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