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Caracal, ville du sud de la Roumanie

par Ioan Popa

en roumain

 

Histoire et légende, traditions et spiritualité

Génèse. La naissance et le développement de la ville Caracal a des liaisons cetaines à la présence des Roumains durant presqu'un demi-millénaire sur le territoire de l'ancienne Dace, les traces de leur passage étant visibles même aujourd'hui dans la zone de la Vallée Romanati (Câmpia Romanatilor), au cours inférieur de la rivière Olt.

La plupart des historiens associent le nom de la ville à celui de l'empereur Marcus Aurelius Antoninus Caracalla, qui a conduit une expédition contre les Goths en 215 a. J.C., employant les fortifications de Romula (Malva), de nos jours Resca, important centre militaire, administratif et artisanal, construit dans la Dace Roumane, à 6 km de Caracal.

D'autres chercheurs identifient le nom de Caracal dans les dénominations latines (caracalla, -ae, -is) des vêtements de laine à manches et à capuchon, que les habitants confectionnaient pendant la période romane. Il existe aussi des hypothèses que le nom est d'origine cumane (Kara-Kale, c'est-à-dire château noir ou tour noire).

La contrée de Caracal est attestée dans un ancien document de 17 novembre 1538 du prince Radu voda Paisie. Caracal était le domaine des seigneurs de Craiova et Brancovia, et la dame Marga, soeur du prince Neagoe Basarab avait sa résidence dans cette ville.

Situé dans la vallée du Olt, à un important carrefour des chemins commerciaux, Caracal s'est longtemps affirmé comme une ville où l'on organisait hebdomadairement une foire, à laquelle venaient beaucoup de marchands étrangers et où l'on vendait un grand nombre de bétail, et annuellement une autre foire qui devait mettre en valeur une gamme extrêmement riche d'us et de coutumes locaux.

L'ombre de Mihai Viteazul. A la fin du XVI siècle, le souverain Mihai Viteazul, ancien grand seigneur de Craiova, établit sa résidence à Caracal, dans la province Romanati, où il possédait un domaine formé de 23 villages, situé dans le sud, entre la ville et la Danube.

En 1597 Mihai Viteazul a bâti la Cour royale de Caracal, à rôle administratif et stratégique, où il passera una partie de l'année. Le 10 septembre 1598, partant du camp de Caracal, Mihai Viteazul a initié une incursion au sud du Danube pour attaquer les troupes turques de la garnison Nicopole. Pendant la lutte, comme il avoue lui-même dans un mémoire „on m'a tué le cheval blanc que je chevauchait et on m'a blessé au dos.”

Une série de documents écrits par Mihai Viteazul ont comme formule de clôture « donné à ma cour royale de Caracal ». Résidence royale, dont les ruines peuvent être admirées même de nos jours, comprend une série de constructions administratives, laïques et religieuses, signalées par de nombreux voyageurs étrangers, y inclus dans un ouvrage sur Valahia, ancienne dénomination de Tara Româneasca (Pays Roumain), édité à Venise en 1718.

L'église royale, la plus ancienne de la ville de Caracal, a été bâtie avec des blocs de pierre et des briques, apportés des ruines de la forteresse romane Romula. Refaite ultérieurement sous les règnes de Matei Basarab et Constantin Brâncoveanu, deux autres grands fondateurs à côté de Mihai Viteazul, l'église royale de Caracal, incluse dans la liste des monuments historiques, a été réparée et remise en circuit depuis l'année 2000, la peinture étant réalisée dans la technique « al fresco » par Ion Florea Drejoi, peintre de renommé des églises de Potcoava, province de l'Olt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'époque moderne. Lors de la période de l'affirmation de la conscience et de l'unité nationale des Roumains, Caracal a participé par ses représentants illustres à tous les grands événements qui ont marqué l‘histoire d'Oltenia.

Ainsi, en 1821, un très connu seigneur et combattant, Iancu Jianu, qui avait sa résidence à Caracal, joindra résolument, avec d'autres 21 combattants maniant bien les armes, le mouvement révolutionnaire conduit par Tudor Vladimirescu.

Un quart de siècle plus tard, Caracal et la province Romanati joueront un rôle extrêmement important dans le déclenchement et l'évolution de la Révolution de 1848, de Tara Româneasca (Pays Roumain). Après le lancement de la Proclamation d'Islaz et la formation du gouvernement révolutionnaire provisoire, formé, entre autres, de Ion Heliade Radulescu, le pr ê tre Radu Sapca et Cristian Tell (le 9 juin 1848), les révolutionnaires furent accueillis avec un grand enthousiasme deux jours après (le 11juin) par les habitants de Caracal, en tête avec le général Gheorghe Magheru et d'autres nobles de la ville. Pendant l'intervention militaire turque et la résistance des révolutionnaires à Dealul Spirii se sont distingués, entre autres, le Caracalien Balsan (Dinca), nommé par Nicolae Balcescu „le h éros de la bataille de Bucarest ”.

D'autres participations notables des Caracaliens aux événements importants qui ont marqué l'histoire de la Roumanie sont liées à l'union de 1859 et la formation de l'état roumain moderne, ainsi que de la guerre d'indépendance (1877).

Au début du XXe siècle (1905), Nicolae Iorga trouvait la ville Caracal „propre et fleurissante”.

Comme un fort centre de traditions militaires, Caracal a inscrit son nom en de nombreuses batailles des Roumains pour la défense et l'affirmation nationale lors de la première et la deuxième guerre mondiales. L'une des plus brillantes unités militaires de la ville était le Régiment 2 Calarasi, commandé entre 1922-1927 par Gheorghe Argeseanu, le futur premier-ministre de la Roumanie (1939), qui a eu pas moins de 17 officiers décorés du Grand Ordre Militaire „Mihai Viteazul” lors des compagnies d'Est et d'Ouest (1941-1945).

Centre de spiritualité . A côté des personnalités de résonnance majeure dans l'histoire des Roumains, en tête avec Mihai Viteazul, qui a lié son nom à Caracal, dans cette ville sont nés et ont vécu de nombreux hommes de sciences et de culture ou des hommes qui se sont affirmés dans le domaine politique, économico-social et militaire du pays. Mentionnons quelques-uns: Haralamb G. Lecca (1873-1920), portraitiste, prosateur et homme de théâtre, Marius Bunescu (1881-1971), artiste remarcable, qui a fait partie de la „génération d'or” des peintres roumains, à côté de Theodor Pallady, Gheorghe Petrascu ou Nicolae Tonitza; Dimitrie Petrescu (1860-1907), personnalité remarcable de la science agricole roumaine, Radu Serban (1927-1984), l'un des plus renommés compositeurs de la musique légère roumaine; Virgil Carianopol (1908-1984), poète de talent, mis par le critique George Calinescu dans le courant des surréalistes, le général Gheorghe Argeseanu (1883-1940), ex-premier-ministre.

Des monuments artistiques qui embellisent la ville mentionnons le groupe de statues de la zone centrale (le Monument des Héros), réalisé par le sculpteur Iaon Schmidt, de Bucarest, et inauguré le 2 juillet 1927, ainsi que de nombreux endroits de culte, refaits et modernisés les dernières années, parmi lesquels l'église des Saints Apôtres (bâtie entre 1928-1934), incluse dans la liste des monuments historiques, qui illustrent l'intense vie spirituelle et religieuse de la ville.

On peut trouver des détails intéressants sur l'histoire et la vie actuelle de la ville Caracal dans l'ouvrage de valeur „Monographie”, publié à la fin de l'année 2007 avec l'aide de la mairie municipale (auteurs Dana-Roxana Dinca, Vera Grigorescu et Sabin Popovici).